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Des héros qu’il ne faut jamais oublier


(Photo gracieuseté Le Nouvelliste: Olivier Croteau)

CARREFOUR DES LECTEURS Le Nouvelliste, 6 novembre 2021


Carrefour des lecteurs / «Je me souviens», est la devise de notre province. Pourtant, le Québec nationaliste a pris presque 75 ans afin de prendre conscience de l’importance d’honorer nos héros du Québec, nos Canadiens français du temps, qui ont pris part à la Deuxième Guerre mondiale.

Ces petits gars du Québec et les autres francophones du pays qui participèrent à la grande croisade pour débarrasser l’Europe du fascisme et des nazis méritent qu’on se souvienne d’eux.

On n’enseigne pas l’histoire militaire au Québec. On parle de ceux qui ont lutté contre la conscription en 1944, certains en font même des héros, mais on néglige de parler de ces autres Québécois, qui, volontairement, s’étaient enrôlés, soit par esprit d’aventure, soit parce que, au sortir de la crise économique, ils n’avaient pas trouvé d’autre emploi, soit parce qu’ils croyaient que la lutte au fascisme valait le sacrifice. Pourtant ils étaient 90 000. Surtout, c’était 21 ans après celle de 1914-1918, je ne veux pas qu’on les oublie ni les uns, ni les autres. Pour moi, ils tiennent une place aussi importante dans notre histoire que les 17 compagnons de Dollard des Ormeaux au Long-Sault ou que les Patriotes de 1837!

Tout dernièrement, la Ville de Longueuil vient de se souvenir de la bravoure et de l’héroïsme de ce prodigieux soldat québécois qui a libéré à lui seul Zwolle, une ville de 50 000 habitants des Pays-Bas. Après avoir regretté que l’histoire de Léo Major reste toujours méconnue au Québec, enfin le Gouvernement du Québec en 2020 lui a rendu hommage, 75 ans après la fin du deuxième grand conflit mondial, où des dizaines de milliers de soldats québécois de l’Armée, l’Aviation et de la Marine ont laissé leur vie, sans compter les milliers de blessés.

Ces soldats québécois ont fait les campagnes du débarquement en Normandie, la campagne d’Italie, de la Belgique, de la libération de la Hollande et de l’Allemagne nazie…

Pour le moment, personne ne sait comment nos gouvernements vont s’y prendre pour faire connaître aux Québécois les exploits hors du commun de notre autre «Rambo québécois», le lieutenant Éric Marmen du Régiment de La Chaudière.

Reparlons de Léo Major. Terrorisés par son irréductibilité, les nazis, eux l’avaient surnommé «le fantôme borgne», car après avoir perdu un œil lors du débarquement de Normandie, tel un pirate, Léo portait un cache-œil.

À peine avait-il mis les pieds sur la plage, le Jour du Débarquement, qu’une grenade lui a fait perdre un œil. Le médecin de l’armée a aussitôt annoncé au blessé que, pour lui, la guerre était finie et qu’il allait être rapatrié au Canada. La réponse de Léo ne s’est pas fait attendre: il n’en est pas question, rétorqua-t-il. «Je suis un tireur d’élite. Sachez Monsieur, que pour tirer du fusil, je n’ai besoin que d’un œil!»

Sa riposte donne une excellente idée de l’homme hors norme qu’il était. Léo Major, par pudeur, comme les vrais héros, ne se vantait jamais de ses exploits. À preuve, cet événement qui est survenu peu de temps après la fin de la guerre alors qu’une délégation officielle des Pays-Bas s’est déplacée jusqu’à Longueuil pour lui remettre une médaille et le consacrer citoyen honoraire de la ville de Zwolle.

L’histoire de Léo Major reste toujours méconnue au Québec. Ce valeureux soldat a, à lui seul, libéré la ville néerlandaise de Zwolle. On le surnomme le «Fantôme borgne», lui qui avait perdu un oeil dans le cadre des opérations du débarquement en Normandie.

WIKIMEDIA COMMONS - JMAJOR

Surprise d’entendre de la bouche des visiteurs les exploits surhumains que son mari avait accomplis en Hollande, sa femme lui demande des explications: «Pourquoi ne m’as-tu pas raconté ce que tu avais fait en Hollande, Léo?», lui demanda-t-elle. «Parce que tu m’aurais jamais cru!», lui a-t-il répondu.

En passant Léo Major est un des rares militaires à avoir refusé la Distinguished Conduct Medal pour sa bravoure. La première fois à cause de ses convictions nationalistes, et la seconde parce elle devait lui être remise par le maréchal Montgomery, que Léo jugeait… incompétent! Quant à la Commission de toponymie du Québec, si jamais elle voulait faire œuvre utile dans le domaine de notre patrimoine, la liste des héros québécois qui n’attendent qu’à sortir de l’ombre est longue!

On pourrait lui suggérer de s’intéresser par exemple au lieutenant Charly Forbes (que j’ai bien connu), le militaire québécois et canadien qui détient le plus grand nombre de médailles et de distinctions au Canada. Peintre, sculpteur, marin, violoniste, conférencier et auteur, il pratiquait la sagesse et l’humour avec bonheur et ferveur. Après avoir participé au Débarquement, il a aussi combattu en Hollande. En signe de reconnaissance de ce qu’il a fait pour les Hollandais, la reine Wilhelmine ainsi que Juliana, pour ce qu’il a accompli, lui ont remis la plus haute décoration, l’équivalant de la Croix Victoria, en plus d’être invité au château du monarque à tous les ans. Le légendaire lieutenant Forbes a aussi fait la guerre de Corée où il a combattu aux côtés de nul autre que Léo Major. À eux deux, ces vaillants combattants ont réussi à chasser 3000 Chinois de la fameuse Colline 355.

La Commission de toponymie pourrait aussi retenir le nom de Lucien Dumais qui, avec son compagnon Raymond Labrosse (que j’ai connu) et le père de Jane Birkin, a réussi à exfiltrer vers l’Angleterre 307 agents, soldats alliés et même… François Mitterrand, l’ancien président de la France! On pourrait également s’attarder sur le cas du lieutenant-colonel Fernand Mousseau qui, lors de la libération de Paris, a empêché que tous les arbres de la Ville lumière ne soient abattus. À Léo Gariépy qui, au péril de sa vie, a permis la libération de Courseulles. Ou encore Maurice Tremblay, un des rares survivants d’une marche à la mort conduite par les SS qui a réussi à décrocher le parachutiste Marvin Steele du clocher de l’église de Sainte-Mère-Église, sur lequel il avait malencontreusement atterri.

Et pour compléter l’exceptionnelle mission qui lui a été confiée par le gouvernement, la Commission pourrait aussi penser à l’éblouissante histoire des J. Victor Allard, Paul Triquet, Armand Hébert, Gilles Turcotte, Georges Sévigny,et combien d’autres! Le brigadier Bernatchez, tous des libérateurs de la Hollande et de la Campagne d’Italie. Et j’ajoute l’éblouissante histoire du capitaine Stanislas Déry qui, malgré le torpillage d’un sous-marin allemand dans les eaux glacées du Groenland, n’a jamais été décoré pour cet exploit, comme le veut pourtant la coutume. Pourquoi? Parce qu’il avait transgressé un règlement (inhumain) de la marine interdisant aux navires de combat de prendre des prisonniers à leur bord. Plutôt que de recevoir une médaille, Stanislas a préféré sauver la vie de 55 sous-mariniers ennemis, en les accueillant sur le navire dont il avait la charge. N’eût été son intervention humanitaire, les naufragés seraient tous morts d’hypothermie.

Ce n’est qu’après que l’Assemblée nationale aura réussi à honorer tous nos héros qui sont restés dans l’ombre que l’on pourra crier triomphalement qu’on est fiers d’être Québécois et Canadiens français! Je vous invite, mes compatriotes du Québec, à commémorer le jour du Souvenir en arborant un coquelicot, ou même en participant à cette cérémonie, soit à Trois-Rivières, Shawinigan, Bécancour, Nicolet et Louiseville. Et faire en sorte que l’on évite le plus possible que tous ces héros ne soient oubliés!

Jules Pinard Trois-Rivières

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